Suivez nous sur facebook Suivez nous sur twitter
CONTRIBUTIONS
 
 
La transplantation rénale au Sénégal: on attend toujours
Publié le : Mardi 18 Septembre 2018 - 05:58 - Source : Dakarmatin - Commentaires : 0 - Consulté : 258 Imprimer

Il est des situations qui demandent un investissement à tous les niveaux, des événements qui se déroulent sous nos yeux et qui méritent qu’on tire la sonnette d’alarme.  L’insuffisance rénale chronique tue et elle est devenue une épidémie au Sénégal. Elle est certes traitée dans les centres de dialyse mais la majorité des malades n’y ont pas accès car l’offre est inférieure à la demande. Que faire alors ? Créer plus de centres de dialyse ?

Oui cela pourrait être une bonne idée. Seulement, même si les séances sont gratuites dans les centres publics, certains malades qui ne peuvent pas s’y rendre à cause du manque de places, n’ont pas les moyens financiers nécessaires pour se faire traiter dans les centres privés. Ils n’ont pas souvent la possibilité d’acheter les médicaments prescrits par leur médecin.

Ces malades sont également confrontés à la cherté des analyses à faire dans les laboratoires de biologie médicale. Quelle solution envisager alors ? A mon avis, la transplantation rénale pourrait permettre aux malades d’être soulagés du poids de la maladie et de ses conséquences négatives sur leur vie sociale.   

La transplantation rénale est un traitement qui peut permettre au malade de retrouver une certaine autonomie et d’améliorer sa qualité de vie. Depuis plusieurs années, cette solution est envisagée au Sénégal mais elle peine à être effective. Quelle en est la raison ? Pourquoi, au Sénégal, les autorités sanitaires ne parviennent pas à rendre effectif ce traitement ? Pourtant, la mise en place d’un service de transplantation rénale pourrait alléger les souffrances subies par les malades et leurs familles à cause des séances répétées de dialyse. Des places pourraient se libérer dans les centres de dialyse et permettre ainsi à celles ou ceux qui n’avaient pas accès à la dialyse de bénéficier de la gratuité de la dialyse. L’implantation d’un service de transplantation rénale serait une occasion pour les patients et leurs familles d’éviter de consacrer une grande part du budget familial aux soins dans des centres de dialyse privés.

Mais pourquoi un plaidoyer pour l’implémentation de services de transplantation rénale au Sénégal ?

Je vais d’abord évoquer la situation d’un enfant atteint d’insuffisance rénale chronique qui n’a d’autre choix que de débuter la dialyse alors que des membres de sa famille sont prêts à lui donner un rein. Sans transplantation rénale, un enfant qui débute la dialyse à l’âge de 6 ans, va voir sa vie « hypothéquée » s’il n’a d’autre choix que de grandir avec la dialyse. Or le traitement de la dialyse peut occasionner des complications, l’enfant peut être soumis à des restrictions diététiques difficiles à respecter. Entendons-nous bien, mon propos prend pour cadre la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique au Sénégal. Sa famille est tout le temps sollicité financièrement pour acheter des médicaments prescrits par le médecin, payer ses analyses médicales. C’est une épreuve que cet enfant malade vit avec sa famille. En effet, la majorité des ménages sénégalais ont des revenus modestes.

Une autre situation qui peut servir d’exemple est l’expérience de la maladie vécue par les étudiants ou les collégiens. Un étudiant ou un élève sénégalais qui contracte la maladie et qui est orienté en dialyse, éprouve de réelles difficultés pour poursuivre ses études. Comment un étudiant sénégalais qui fait trois séances d’hémodialyse par semaine peut suivre correctement ses cours ? Non seulement la fatigue occasionnée par les séances ainsi que les répercussions psychologiques de la maladie peuvent ne pas favoriser la réussite de l’étudiant. D’ailleurs, certains étudiants sont obligés d’arrêter les études à cause de leur incapacité à pouvoir associer la gestion de la maladie avec d’autres activités. On peut penser que la dialyse péritonéale qui peut être effectuée la nuit avec une machine et permettre ainsi au malade d’être autonome toute la journée, est une meilleure solution. Peut-être. En fait, le malade qui choisit ce mode de traitement doit effectuer son traitement dans des conditions d’hygiène optimales afin de parer à toute infection. Or la promiscuité qui règne dans les familles sénégalaises, l’insalubrité, les coupures d’électricité parfois très longues, peuvent être des freins à la mise en œuvre de ce traitement. Elles peuvent également avoir un impact négatif sur la qualité de la dialyse.

L’autre exemple que je voudrais donner, est celui des personnes qui sont obligées de quitter leur pays pour se rendre dans des endroits où la transplantation rénale est pratiquée. Elles sont obligées de quitter leur famille, leurs enfants, leurs parents, leurs frères et sœurs. Certaines d’entre elles prennent le risque d’être en situation irrégulière espérant bénéficier d’une meilleure prise en charge grâce à la performance du système de santé qu’elles trouvent en arrivant. Cette destruction des liens familiaux occasionnée par ce déplacement ainsi que l’incertitude qui accompagne la décision de ces gens d’aller tenter leur chance ailleurs pour bénéficier d’une meilleure prise en charge, sont aussi une des raisons pour lesquelles la création d’un service de transplantation rénale est une nécessité au Sénégal. Mais à quelles conditions ?

 

Concrétiser le projet de transplantation rénale

 

Si l’Etat Sénégalais a pris, après Dakar, la peine de rendre possible la prise en charge des malades dans les régions avec la création de centres de dialyse régionaux, la souffrance des patients et de leurs familles est loin de connaître un répit. La réalité sénégalaise de la prise en charge des patients inclut nécessairement et naturellement leurs familles. Ce sont ces dernières qui apportent un soutien psychologique à leurs proches malades. En outre, le malade est assisté dans sa prise en charge par les membres de sa famille qui s’impliquent financièrement.

Cet assistanat est une réalité chez les patients souffrant de maladies chroniques. Comme nous l’avons souligné plus haut, le patient sénégalais est souvent socialement et financièrement dépendant de sa famille. Le fait que les l’hémodialyse, la dialyse péritonéale, ne guérissent pas le malade, poussent les familles à reformuler leurs priorités pour permettre au proche malade de vivre le plus longtemps possible. Ainsi configurée, la prise en charge conduit à un bouleversement social et creuse les inégalités sociales.

S’il est vrai qu’aujourd’hui la transplantation rénale est considérée comme le traitement de suppléance qui s’approche plus de la « guérison » grâce à la liberté qu’elle procure et la « fin » de la dialyse (avec un rejet du greffon, le patient peut retourner en dialyse), elle ne constitue pas pour autant le recouvrement total de la santé et c’est la raison pour laquelle la rendre possible au Sénégal doit s’accompagner de l’engagement de tous : les patients et leurs proches, les professionnels de santé, les autorités sanitaires, les médias, les citoyens, les personnalités religieuses, les artistes, les sportifs, etc.

 

Un patient sénégalais responsable ?

 

Les causes de l’insuffisance rénale sont principalement l’hypertension artérielle et le diabète, pathologies qui peuvent être développées respectivement par une alimentation salée et une glycémie élevée. Il faut mettre en place des programmes de santé, des programmes de sensibilisation dont l’objectif sera de favoriser un « formatage » des habitudes alimentaires des sénégalais.

Par ailleurs, pour se soigner, certains sénégalais ont recours à la médecine traditionnelle. On ne juge pas les pratiques et les logiques d’actions des uns et des autres mais les méthodes préventives ou curatives contre des maladies considérées organiques et/ ou surnaturelles poussent certaines populations à se faire délivrer et à boire des potions constituées de mélanges inconnus qui peuvent constituer des poisons pour les reins. S’il ne s’agit pas ici de juger les pratiques ou d’interdire les gens d’aller vers les guérisseurs, les tradipraticiens, il nous faut introduire un modèle de partenariat avec les acteurs de la médecine traditionnelle afin de trouver des moyens préventifs et/ ou de prise en charge alternatifs n’amenant plus ces populations à ingurgiter ces potions mais à se limiter à s’enduire des mélanges ou à se couvrir de talismans ou d’amulettes. Cette alternative dans la prise en charge thérapeutique traditionnelle peut limiter les dégâts que causent ces poisons ingurgités. Faire une digression pour parler des causes de l’insuffisance rénale, a pour objectif de ne pas oublier, dans le suivi post-greffe, d’informer et de sensibiliser les patients sur certaines pratiques qui pourraient réduire la viabilité de leur greffon.

 

Un investissement total des acteurs concernés

 

Rendre la transplantation rénale efficace, c’est déjà se battre contre les causes de l’insuffisance rénale et faire en sorte qu’une fois transplantés, les patients soient en mesure d’avoir une hygiène de vie optimale. Les professionnels de santé doivent avoir pour partenaires les patients et leurs familles. Ces dernières doivent même être des « complices ». Ce sont les familles qui doivent poursuivre la surveillance du malade à la maison. Il faut insister sur cette implication pour éviter les échecs. Il est impossible, en effet, de déterminer les conséquences qu’ils peuvent induire chez le patient ; d’abord entre le patient et sa famille et ensuite entre le patient, sa famille et les médecins. Un rejet et donc un échec peut amener le patient insuffisant rénal chronique des compétences professionnelles de ses soignants et à s’interroger sur les limites de la pratique de la transplantation rénale au Sénégal. Le patient et sa famille pourrait aller même jusqu’à discréditer le travail des médecins.  Peut-être que les deux questions pertinentes à se poser dans pareille situation sont les suivantes : Le néphrologue a-t-il vraiment les compétences pour effectuer le suivi post-greffe du patient ? Est-ce le patient qui n’a pas suivi son traitement ou qui n’a pas respecté les conseils des professionnels de santé (médecins et infirmières) ?

Si au bout de cinq (5) transplantations, on se retrouve avec quatre (4) rejets, toute la procédure doit être revue. Or, il vaut mieux, avant de débuter sa pratique au Sénégal, identifier les besoins des patients en termes d’informations, de services ; s’informer sur leurs inquiétudes en ce qui concerne la transplantation rénale et son suivi. L’accompagnement du patient qui veut bénéficier d’une transplantation rénale ainsi que le respect du traitement médicamenteux et l’hygiène de vie que doit avoir le patient transplanté, ne doivent pas être négligés et les familles ne doivent pas être reléguées au second plan. Elles doivent jouer un rôle central pendant le suivi post-greffe.

Par ailleurs, les autorités sanitaires doivent s’engager à rendre gratuits les médicaments anti-rejet pour le traitement post-greffe ainsi que les analyses médicales périodiques à réaliser.  Si cet investissement peut financièrement être lourd à supporter pour l’Etat, il faut mettre en place des mesures supplémentaires pour aider les patients à se prendre en charge. L’organisation d’un téléthon annuel et pérenne et la somme collectée gérée par une association ou une organisation régulièrement auditée chargée de soutenir les patients. D’autres moyens de collectes de fonds devront être réalisées par le biais de concerts, d’événement sportifs parrainés par des leaders d’opinions. Les autorités doivent également intensifier la lutte contre les médicaments de la rue et l’automédication en favorisant la sensibilisation des populations sur leurs méfaits. Les patients transplantés particulièrement concernés devront être responsabilisés et sensibilisés sur les effets néfastes de ces pratiques.

La transplantation rénale ne peut et ne doit donc pas être considérée comme une mince affaire. Il faut un partenariat entre différents acteurs et chacun en fonction de son statut doit remplir un rôle spécifique bien clarifié. L’objectif doit être de rendre viable et fiable ce projet de transplantation rénale. Il ne faut pas qu’il y ait une « passivité » des autorités sanitaires et un « manque » d’implication des patients et des familles, qui favorisent la remise en question de la crédibilité de l’équipe médicale qui doit la pratiquer. En somme, la pratique de la transplantation rénale ne doit pas seulement se limiter à des gestes techniques, à une intervention chirurgicale. Un suivi régulier des patients et des interactions constructives qui permettent aux soignants de s’enquérir de la situation sociale, doivent être menés. La prise en charge des patients de la période pré-greffe au suivi post-greffe doit être globale. Pour ce faire, il sera impératif de mobiliser des ressources humaines compétentes et suffisantes.

Cet avis sur la question de la transplantation rénale est une contribution sûrement limitée dont le but est d’aller vers une concrétisation de ce projet qui doit permettre une qualité de vie durable des patients. L’engagement de tous est donc souhaité.


Abdou Simon Senghor

 

Whatsapp Mysapce Tumblr StumbleUpon Reddit Flipboard  
 
 
COMMENTAIRES (0)
Ajouter un commentaire
Saisissez votre commentaire
Votre nom
 
Votre commentaire
 
   
 
DANS CETTE RUBRIQUE
La transplantation rénale au Sénégal: on attend toujours
Lettre ouverte au Président de la République, son excellence Macky Sall
Wade n'est pas politiquement sénile, il sait ce qu'il fait
Reconnaître le mérite de Sonko
Wade, le dernier combat
Mody Niang et la bien-pensance furieuse par SORO DIOP
Ce Soro Diop-là , est-ce vraiment le même que j'ai connu au "Quotidien" ?
LA VALSE DU PARRAIN
Le fascisme... en marche
Ah ! si on savait !
 
LES PLUS POPULAIRES
Voici la chronique du 31 Août 2016 de Pape Alé Niang
Consulté : 77959 fois
« Lequartd’heure » reçoit le journaliste Baba Aidara qui fait de graves révélations sur la mafia du pétrole au Sénégal
Consulté : 73965 fois
Voici la chronique du 14 septembre 2016
Consulté : 55216 fois
Voici la chronique du 08 mars 2017
Consulté : 47002 fois
Voici la chronique du 21 septembre 2016
Consulté : 45999 fois
 
   
REVUE FRANÇAIS
Ecoutez la revue de presse en français de Pape Alé Niang du 18 septembre 2018
REVUE WOLOF
Ecoutez la revue de presse en wolof de Pape Alé Niang du 18 septembre 2018
CHRONIQUE PAPE
Voici la chronique du 12 septembre 2018
AUTRES AUDIOS ...
Ça Me Dit Mag du 15 septembre 2018 avec Pape Alé Niang - invité me Ada ...
 
SCANDALES D'ETAT
   
Hcct : Nébuleuse autour d'une location
17/09/2018 - 15:20
Le fils du responsable Apr de Touba Pathé Diakhaté "délivre" un passeport dip ...
31/08/2018 - 11:32
   
... Voir plus
 
YAKO WAKHONE!
   
Quand Wade décidait de retirer l'organisation des élections
01/09/2018 - 17:15
Quand Macky Sall traitait les transhumants de rat
17/08/2018 - 15:54
   
... Voir plus
CARTE BLANCHE
Gouvernance de Macky SALL : De la corruption à ciel ouvert au népotisme exace ...
L'OEIL DU CITOYEN
L’engagement citoyen !
WAX DEUG
Mutation du griotisme au Sénégal : La presse en otage !
AUTRES ...
Voici la chronique du 12 septembre 2018
 
 
CONTRIBUTIONS
   
La transplantation rénale au Sénégal: on attend toujours
18/09/2018 - 05:58
Lettre ouverte au Président de la République, son excellence Macky Sall
17/09/2018 - 17:01
   
... Voir plus
 
 
 
REPORTAGES
Ça Me Dit Mag du 15 septembre 2018 avec Pape Alé Niang - invité me Adama Guey ...
EMISSIONS PAPE
Décryptage du 12 septembre 2018 avec Pape Alé Niang - l'Etat de la démocratie ...
AUTOUR DU MICRO
Les experts du transport aérien répondent au D.G de Air Sénégal S.A,Phillipe ...
AUTRES VIDEOS
Décryptage du 15 août 2018 - présidentielle 2019 : un scrutin de tous les dan ...
 
 
Xibaar
Walf
Seneweb
Press Afrik
Leral.net
Rewmi.com
 
 
 
 
ACCUEIL ACTUALITES POLITIQUE SPORT INTERNATIONAL RELIGION TECHNOLOGIES VIDEOS AUDIOS PEOPLE RADIOS & TVS
 
Contactez nous au 77 527 05 27 ou 33 825 25 17 ou par mail à dakarmatin@gmail.com
 
Proposer une contribution | Contacts | Qui somme nous? | Reserver un espace publicitaire | © Copyright Dakarmatin 2017