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Près de 2 millions de personnes souffrent de la faim: Les Sénégalais réclament du pain
Publié le : Lundi 9 Décembre 2019 - 12:16 - Source : Dakarmatin - Commentaires : 0 - Consulté : 445 Imprimer

Les chiffres du Secrétariat national à la Sécurité alimentaire (Secnsa) font froid dans le dos : 1.806.395 personnes sont ‘’sous pression’’ et que 348.021 sont en crise, c’est-à-dire en situation de famine. Le langage technique cache une triste réalité.

Les chiffres officiels du Secnsa peuvent d’ailleurs être en deçà de la réalité, même si l’institution travaille avec beaucoup de professionnalisme et d’une façon sérieuse. Cette réalité est que la plupart des Sénégalais se nourrissent mal. Surtout dans les zones rurales.

Dans le précédent rapport, il y a de cela quelques années, trois départements étaient ciblés dont celui de Bambey. Aujourd’hui, du fait des chiffres avancés et du langage technique utilisé, on se rend compte que le mal est général et insidieux.

Il se trouve que de moins de moins de familles, y compris dans les zones urbaines, peuvent assurer les trois repas. Et pour celles qui y parviennent, c’est avec une alimentation qui laisse à désirer, un déficit de la consommation en viande, en lait de qualité, en fruits et légumes, etc.

De plus en plus, les aliments de qualité sont inaccessibles à de nombreux ménages qui se contentent de ceux à bon marché et de piètre qualité. Même le bon poisson qui coûte cher est réservé à une certaine élite. La situation est préoccupante car la grande masse de Sénégalais mange mal.

Elle l’est d’autant plus que beaucoup se ravitaillent à partir des gargotes qui poussent partout dans nos rues. C’est la queue pour de la bouillie et autres aliments de ce genre, fabriqués à peu de frais et qui peuvent donner l’impression d’avoir bien mangé.

Bien sûr, un tel rapport ne serait jamais sorti avant les élections. Il met à nu l’erreur commise déjà depuis Senghor par les pouvoirs publics. C’est de croire qu’il faut investir dans les infrastructures beaucoup plus que dans le bien-être des populations. C’est également celle de croire que le taux de croissance ou la croissance se mange.

Comme l’avait conseillé René Dumont à Léopold Sédar Senghor, il fallait mettre davantage l’accent sur les cultures vivrières, reléguer au second plan la culture de l’arachide et pousser les paysans à cultiver ce qu’ils consomment et à consommer ce qu’ils cultivent.

Par exemple, dans de nombreuses localités du pays, les terres arables sont à perte de vue alors que les jeunes, pour la plupart, se pavanent dans les rues, prennent du thé à longueur de journée, dans l’attente d’un hypothétique visa ou d’une possibilité de voyager.

Dans ces contrées, les parents ont depuis longtemps perdu l’habitude des cultures vivrières, comme le mil par exemple, qui apparemment ne se cultivent plus dans des zones comme les Niayes.

Il est paradoxal de voir des jeunes désœuvrés alors que les terres cultivables sont à perte de vue et qu’il suffit d’un minimum d’investissement. La réalité est qu’on a rien fait pour les pousser à cela. Les quelques politiques publiques d’incitation développées au temps de Senghor, n’existent même plus.

Les paysans ne sont plus encadrés. Ils sont laissés à eux-mêmes et pour certains, au diktat de la culture d’arachide avec des prix modiques sur le marché.

S’agissant du taux de croissance, l’approche s’est d’en avoir toujours de plus élevés en se basant sur le Pib et le Pnb, alors que nous savons que ce sont les entreprises étrangères, et surtout de service, qui tirent la croissance vers le haut.

On n’a pas eu pour souci le bien-être du citoyen. Les ventres pleins ne se comptabilisent pas. D’ailleurs, quand les gens mangent bien, ils sont beaucoup plus enclins à la révolte, à revendiquer leurs droits. J’espère qu’on n’est pas dans ces calculs.

En tout état de cause, il est important de saisir l’occasion du rapport ainsi produit par le Secnsa pour que les décideurs sachent qu’il y a urgence à rectifier le tir. Il ne sert à rien de construire des routes, des chemins de fer, des immeubles si ceux à qui ces infrastructures sont destinées ont faim.

Au niveau du Secna, on ne veut pas parler de famine pour des raisons stratégiques. Mais la froideur des chiffres est suffisante à nous alerter sur le fait qu’il y a urgence à revoir nos politiques pour privilégier le citoyen.

Car, la réalité est qu’il réclame du pain. Parce qu’il faim.

Assane Samb 

 

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