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POLITIQUE
 
 
Entre infanticide et parricide
Publié le : Vendredi 23 Août 2019 - 14:29 - Source : Dakarmatin - Commentaires : 0 - Consulté : 650 Imprimer

Pourtant, les même l’ont toujours adulé, tant qu’ils étaient dans les bonnes grâces du Maitre, prenant même à partie tous ceux qui ont osé s’en prendre au “fils adoré’’ qu’ils voulaient porter à la tête du Sénégal.

Ce sont des histoires où l’on ne sait jamais si c’est le père qui déjoue une tentative de parricide de la part de ses enfants ou bien le contraire. C’est-à-dire le pater lui-même qui serait tenté d’assassiner froidement tout enfant qui contesterait son héritier désigné.

En tout cas, si l’on en croit le journaliste Cheikh Yérim Seck, la fronde actuelle qui sévit au Parti démocratique sénégalais ne devrait surprendre personne. “Elle couvait depuis longtemps. Elle attendait juste un élément déclencheur qui est venu avec le réaménagement stalinien du Secrétariat national par Maitre Abdoulaye Wade. Cela a servi de détonateur’’, analyse l’ancien journaliste de “Jeune Afrique’’. Et le combat ne fait que commencer. Il s’annonce même très âpre, selon nombre d’observateurs. Pour le moment, on s’observe des deux côtés. Mais les crépitements des bombes ne vont certainement pas tarder à se faire entendre. Pendant que les bannis annoncent une conférence de presse aujourd’hui, du côté du nouveau task-force, on affûte encore les armes et on attend la convocation du Secrétariat national avant de dévoiler la stratégie à adopter. Celle-ci ne saurait tarder, nous confient certains responsables. Un des nouveaux hommes forts invite d’ailleurs l’opinion à ne pas tomber dans le piège des dissidents. Selon lui, ces derniers, en boudant, ont fait preuve d’enfantillages. Karim Wade, à l’en croire, serait “une proie facile’’ qui attire tous les détracteurs du Pds. “Il est la cible privilégiée et des opposants et des dissidents. C’est un incompris. Mais ça, c’est le propre de tous les grands hommes. Ce que tout le monde peut constater, c’est que tant que ces gens étaient dans les schémas de Wade, ils ne pipaient mot. En plus, ce que Karim Wade fait pour le bon fonctionnement du parti, aucun d’entre eux ne le fait. Bien que le parti leur ait tout donné’’.

Notre interlocuteur d’indiquer que dans le parti, c’est soit Wade qui finance les grandes activités comme les élections, soit Karim. “Personne ne cotise. C’est vrai que ces responsables mettent leurs moyens, mais uniquement pour entretenir leur propre base. Quand nous devons aller à des élections, c’est Abdoulaye Wade et Karim qui financent’’, précise-t-il. La vie du Parti démocratique sénégalais est ainsi faite. Il y en a peu qui dégainent. Abdoulaye Wade est la seule constante. Karim Wade, le fils préféré. Les autres, des enfants d’emprunt qui doivent obéir à la lettre.

Depuis 2005, avec la rupture de ban d’Idrissa Seck, ancien principal collaborateur du secrétaire général, les choses semblent claires. Attaqué de toutes parts par des caciques, dont les nouveaux bannis, ce dernier alertait dans son fameux Cd “Lui et Moi’’. Il disait : “Si, au moment d’écouter ce Cd, je suis en prison ou déjà mort, sachez que ceux qui m’auront imposé l’un quelconque de ces états ont une motivation qui est, depuis longtemps, en germe. Tenter de punir et détruire le fils d’emprunt après usage. Un fils pour qui loyauté n’est pas synonyme de génuflexion, un fils qui ne se prosterne que devant Dieu, plus digne de sa crainte et de son respect.’’ Pour le camp d’Idrissa Seck ainsi qu’une bonne partie de l’opinion, tout cela procédait d’une volonté de l’ancien président d’imposer à tout le monde son fils biologique. Karim Wade n’avait alors que 36 ans.

Quand Macky Sall, Samuel Sarr, Me Madické Niang, Oumar Sarr et Cie combattaient Idy pour me Me Wade

Ironie de l’histoire, à l’époque, c’étaient les Macky Sall, Samuel Sarr, Maitre Madické Niang, Oumar Sarr, El Hadj Amadou Sall, Aïda Mbodj, Modou Diagne Fada, Farba Senghor, Pape Samba Mboup, Souleymane Ndéné Ndiaye, entre autres, qui n’hésitaient pas d’aller au front pour en découdre avec les pro-Idy. C’était l’ère de ce qu’il était convenu d’appeler la “Deseckisation’’ et dont l’un des plus grands animateurs médiatiques était l’actuel Pca de la Rts, Ndiogou Wack Seck.

Dans ce combat fratricide, certains faucons se montraient même parfois plus durs dans le discours que Wade lui-même. L'alors président de la République, dans un entretien publié par “Ja’’ le 12 octobre 2004, juste au lendemain du limogeage de Seck, disait : “Je ne peux pas dire qu’Idrissa Seck ne reviendra plus à mes côtés. Le mot jamais ne s’emploie pas en politique. Mais Idy s’est mis à dos plusieurs de mes proches collaborateurs, ainsi que de nombreux responsables et militants du parti. Il a abusé de ma confiance, tenté de casser mon parti à mon insu pour le remodeler en fonction de ses ambitions présidentielles…’’

A l’époque, pour beaucoup de ceux qui s’agitent aujourd’hui, et ceux qui ont déjà quitté la formation libérale, Wade avait totalement raison. Idy, totalement tort. Karim était blanc comme neige. Idy, totalement coupable de tous les péchés. C’est ainsi la galaxie des Wade. Tant qu’on est dedans, les choix du père, “seule constante’’, sont les meilleurs. Son fils, Karim Wade, érigé en modèle. Une fois en disgrâce, on change de fusil. On invoque la tentative de “dévolution monarchique’’ pour entrer dans les bonnes grâces de l’opinion amnésique. Une recette qui paie, même pour ceux qui étaient considérés comme les “pires’’ exemples de l’ancien régime. En l’occurrence, Papa Samba Mboup, ancien chef de cabinet de Wade, cité dans l’affaire des marteaux de Talla Sylla, mais aussi Farba Senghor, supposé commanditaire des attaques perpétrées à l’époque contre des journaux de la place. Mais le promoteur du site “Yérim post’’ ne semble pas le voir de cet œil. Il met ce silence coupable des victimes d’aujourd’hui sur le compte de la nécessaire discipline de parti. A la question de savoir si on ne peut pas opposer à Oumar Sarr et Cie leur mutisme antérieur, sa réponse est catégorique : “Non. Discipline de parti oblige. Ils ne pouvaient que ravaler leurs frustrations jusqu’à ce que celles-ci dépassent les limites du supportable.’’ Pourtant, Idrissa Seck, parti en 2004, Macky Sall est arrivé. Dans son discours, Wade était presque un dieu. Réputé proche de Karim à l’époque, il est resté à son poste de 2004 à 2007. Devenant, du coup, le recordman au poste privilégié de Premier ministre durant le premier mandat de Wade. Après la réélection de ce dernier, en 2007, il a été déplacé de la Primature à l’Assemblée nationale. Mais pour certains analystes ainsi que ses proches, c’était une volonté de Wade de l’éloigner du cercle des potentiels successeurs. C’est le début des grabuges avec la Wade Family.

L’ancien numéro 2 anime l’aile dure, poste laissé vacant depuis le départ d’Idrissa Seck. Avec certains caciques dont Mamadou Seck qui va lui aussi abandonner la barque libérale, après la perte du pouvoir, ils entreprennent de convoquer le “fils adoré’’ de Wade, pour reprendre “Ja’’, à l’Assemblée. L’argument brandi était surtout de rendre compte de sa gestion contestée à l’Agence nationale en charge de la conférence islamique. S’ensuit une guerre sans merci entre Pro et anti Macky. Laquelle va déboucher sur le départ de ce dernier du Pds et son accession à la magistrature suprême. Et comme jamais deux sans trois, à partir de ce moment, presque tous ceux qui quittent le Pds ont eu à invoquer directement ou indirectement le même argument. Jusqu’à Souleymane Ndéné Ndiaye, lui aussi ancien Premier ministre comme Macky Sall et Idrissa Seck.

Dans une interview avec le site “Pikini’’, il confiait avoir quitté le Pds, parce que la manière dont le candidat (Karim Wade) avait été désigné ne l’avait pas plu. “Il n’a pas la légitimité. Moi, j’ai plus de légitimité, car j’ai rampé dans ce parti. Je n’ai pas attendu jusqu’en 2000 pour prétendre à des postes. S’il ne s’agissait que de dévolution monarchique, le président Wade ne serait jamais président de la République du Sénégal. La République, ce n’est pas une affaire d’héritage. Karim, on ne l’a vu qu’en 2000. Et même là, il n’a pas adhéré au parti, il a préféré créer une structure parallèle, la Génération du concret. Et aucun des membres de cette structure ne faisait partie du Pds. Moi, je le sentais venir, depuis le début. Moi, personne ne peut me contraindre à me ranger derrière quelqu’un. Mon père faisait partie des responsables du Ps dans le département de Gossas. Cela ne m’a pas empêché de militer au Pds, à l’époque’’.

Seulement, l’ancien homme fort de Guinguinéo, qui peine depuis la perte du pouvoir, était de ceux-là qui combattaient et Macky Sall et Idrissa Seck qui n’ont eu de tort, selon nombre d’observateurs, que de prêcher la même position. Bien auparavant, d’autres éminents responsables comme Pape Diop, qui a eu même en 2009 à abandonner son rêve de rempiler à la mairie de Dakar au bénéfice de son “jeune frère’’, Serigne Mbacké Ndiaye, la voix de Wade défenseur invétéré de Karim et bien d’autres avaient déjà pris la tangente d’un Parti démocratique sénégalais où il n’y a plus de gâteaux à distribuer. A chaque fois, c’est une histoire d’ambition étouffée, tant que le parti libéral était au pouvoir.

La dernière rébellion

Parmi les nombreux départs, il y a également Habib Sy, écrasé à Linguère par Aly Ngouille Ndiaye, Amadou Kane Diallo, Sada Ndiaye, pour ne citer qu’eux. Si l’on en croit Jules Ndéné, ces derniers ont même servi, en quelque sorte, de marionnettes à Wade pour légitimer la candidature de Karim Wade à la Présidentielle de 2017 finalement tenue en 2019. Ceux-là sont certes beaucoup plus modérés dans l’anti Karimisme, mais, ils n’en demeurent pas moins des adversaires, depuis qu’ils ont quitté l’aile protectrice de Wade pour rallier les prairies marron. En tout cas, pour certains. Aujourd’hui, Oumar Sarr, en perte de vitesse à Dagana, Maitre El Hadj Amadou Sall, fervent défenseur de Wade, mais à qui on a toujours reproché une absence de base, Aziz Diop et consorts entrent dans le maquis. Pour l’heure, ils ne se sont pas beaucoup épanchés sur les raisons de leurs bouderies, mais il est fort probable que la volonté de confier le parti à Karim Wade n’y est pas étrangère. Si Wade est resté constant, depuis le début, en jetant son dévolu sur celui qui était nommé “ministre du ciel et de la terre’’, depuis belle lurette, l’on ne saurait en dire autant du maire de Dagana et Cie. Hier adulateurs, aujourd’hui détracteurs. Cela dit, avec le dernier “remaniement’’, tout le monde s’accorde que Karim et ses hommes ont été davantage renforcés.

Selon Yérim Seck, “il est le deus ex machina de tout ce qui se fait et défait au Pds. Par l’instrument de son père, il formate le parti et ses positions à sa guise, sans égard pour la moindre règle de forme, ni de bienséance. Les dissidents d’aujourd’hui ont ravalé beaucoup d’humiliations, avant de se rebiffer’’. Aujourd’hui, c’est ainsi l’avenir du Pds qui est en jeu. Certains comme Aïdara Sylla, homme de confiance de Wade, ont pris leur bâton de pèlerin pour recoller les morceaux. Des initiatives qui n’ont encore rien donné. Ce qui pousse à se demander, si on a atteint le point de non-retour, comme en 2005 avec Idrissa Seck ? Pour répondre à la même question à l’époque, Wade faisait usage d’une de ses boutades dont il avait, seul, le secret. “Quand vous échappez à la morsure du serpent venimeux, vous ne l’hébergez plus chez vous’’, disait-il dans le site français lexpress.fr.

 

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