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SOCIETE
 
 
«A quoi bon, aggraver ou amener une autre sanction si celles qui existent ne sont pas bien appliquées»
Publié le : Jeudi 23 Mai 2019 - 12:25 - Source : Dakarmatin - Commentaires : 1 - Consulté : 386 Imprimer

Les viols suivis de meurtres ou tout simplement les abus faits contre des personnes vulnérables telles que les femmes, les enfants et les personnes vivant avec un handicap ne sont pas appréciés par l’actuelle présidente de l’Association des juristes sénégalaises (Ajs), le commissaire à la retraite, Aby Diallo. 

Portée à la tête de la structure, il y’a de cela quelques jours, M. Diallo, compte s’investir dans la promotion des droits des groupes vulnérables. Dans cet entretien accordé à Sud Quotidien, l’ancienne coordonnatrice du comité interministériel de lutte contre la drogue, revient sur ses ambitions et donne sa lecture des faits sociaux.

Quand est-ce que vous avez commencé à militer à l’Association des juristes sénégalaises ?

Je suis membre de l’Association des juristes sénégalaises  (Ajs) depuis les années 1994. J’ai toujours milité dans cette association, mais l’obligation de réserve inhérente à ma fonction de commissaire, faisait que je ne pouvais pas être dans le bureau où y mener des activités. Mais, j’ai toujours été militante des droits humains. C’est après ma retraite que je me suis engagée de façon plus ouverte dans les activités de l’Ajs. Je me  suis engagée également à assurer des responsabilités au sein de l’association.

Qu’est-ce qui justifie votre engagement ?

C’est mon amour pour l’équité. J’ai toujours eu horreur de l’injustice, de la faute non sanctionnée. Ce sont des choses que je n’ai jamais pu supporter. Je n’ai jamais accepté que des gens soient spoliés de leurs droits parce que seulement, ils sont faibles ou sont dans de positions sociales inconfortables ou sont vulnérables. Des rapports de force illégaux qui font que des personnes sont spoliés de leurs droits.

Vous êtes portée à la tête de l’Association des juristes sénégalaises au moment où il y’a beaucoup de violences notamment d’attaques contre les femmes.  Qu’est-ce que cela vous fait ?

Ça me fait mal au cœur. C’est triste d’arriver à la tête de l’association au moment il y’a cette recrudescence de violence faites aux femmes. Ces viols suivis de meurtres nous révoltent. Personnellement, je suis complétement outrée, mais c’est un combat que nous avons toujours mené au sein de l’Ajs. Nous avons toujours mené un combat contre l’injustice, les violences faites aux femmes et les viols suivis de meurtres. Pour le dernier cas, c’est une tentative suivie d’assassinat ; mais, il y’a eu des viols suivis des grossesses qui laissent la femme complément en marge de la société avec une vie complétement détruite. Tout ça ne fait que renforcer mon engagement dans la lutte contre ces violences.

La prise en charge psychologique des personnes violées est un véritable problème. Que comptez-vous faire pour changer la tendance ?  

Dans le cadre de notre association, nous avons des partenaires comme des médecins, des psychologues et des psychiatres qui offrent une prise en charge gratuite aux victimes. Nous avons des avocats qui plaident les dossiers des victimes prises en charge par l’association.

Qu’elle sera le combat de l’AJS pour contraindre tous ceux qui ont commis des infractions comme le viol à purger leur peine ?  

Nous nous battons contre l’insuffisance des sanctions. Les sanctions existantes ne sont pas suffisamment prises en compte, elles ne sont pas suffisamment appliquées au sein des juridictions de jugement. Malheureusement, nous n’avons aucun pouvoir à les donner des instructions ou à apprécier ce qu’ils font. Mais, on constate avec beaucoup de désarroi que les textes ne sont pas vraiment appliqués. La sanction des violeurs est encadrée. Les peines sont prévues par le code pénal. Il y’a des cas où celui qui viole une petite fille de moins de 13 ans ne peut pas être condamné à moins de 10 ans. La sanction complémentaire naturelle c’est qu’aucune possibilité de remise de peine ni de grâce présidentielle encore moins d’amnistie. Pour les autres cas, les peines minimales prévues c’est 5 ans.  Il n’est pas normal de voir des gens condamner à 1 an ou 2 ans.  Ce n’est pas dissuasif. Malheureusement, l’AJS ne peut qu’accentuer la sensibilisation, aller vers les autorités et les sensibiliser par rapport aux effets pervers de ces décisions-là. Quand ce n’est pas suffisamment sanctionné, ça ne dissuade pas. Et les infractions vont continuer.

La légalisation de l’avortement médicalisée a toujours été un combat de l’Association des juristes sénégalaises comment comptez-vous s’y prendre ?

Nous allons continuer la sensibilisation mais en allant vers les autorités compétentes. La façon dont les gens interprètent l’avortement médicalisé me parait un peu biaisée. Elle est loin de l’idée pour l’AJS de prôner une société perverse ou de favoriser l’avortement libertin. Ce que l’Ajs prévoit et défend, c’est l’avortement en cas d’inceste et cas de menaces pour la santé de la mère. On a vu des cas où des petites filles de moins de 11 ans ont été  violées. Elles en ont contracté une grossesse. On a vu des fillettes violées par leurs pères, leurs oncles et qui grandissent dans la même maison avec leurs enfants.

Il faut que les gens examinent ces effets dans la société. Il y’a certains comportements qui ne peuvent s’expliquer que par un vécu. Et c’est ça le vécu de ces petites filles et même petits garçons qui sont violés.  Souvent, on entend des garçons qui sont devenus des homosexuels parce qu’ils ont l’habitude depuis le jeune âge parce qu’étant toujours violé par des grandes personnes dans leur entourage. L’Ajs prône l’avortement médicalisé dans des cas spécifique et ces cas-là, ne sont pas tout à fait en contradiction avec ce qui est prévu dans les lois nationales. Il faut voir ça de façon approfondie et on verra dans la loi nationale. L’avortement est autorisé au cas où la santé de la mère est en danger. Une fille de moins de 13 ans qui contracte une grossesse, sa vie est en danger.

Une fille qui accouche d’un enfant issu de viol par son père, son grand-frère qui est obligée de vivre avec cet enfant dans la famille sans jamais dire qui est le père,  elle peut développer des instincts criminels. Elle peut être tentée de faire disparaitre cet enfant. Donc,  ce se sont les dangers auxquels nous voudrons palier en faisant le plaidoyer pour la légalisation de l’avortement médicalisé. On va continuer notre sensibilisation  peut-être en changeant de paradigmes en allant vers les autorités compétentes pour mieux  leur expliquer notre position et notre point de vue. 

A part cette légalisation de l’avortement médicalisé, quels seront vos autres défis ?

Nos autres défis est d’arriver à éradiquer cette violence qui s’accentue tous les jours. On ne peut pas tous les jours lire un journal sans voir un, ou deux cas de viol. Ce matin en venant (hier dans la matinée, Ndlr) j’ai écouté dans une radio une fille violée, abandonnée avec sa mère qui n’a aucun moyen et qui a accouché de triplés qui  sont à l’hôpital.  L’hôpital l’a appelé pour qu’elle prenne ses enfants elle dit qu’elle ne peut pas les prendre. Elle les a abandonnés à l’hôpital parce qu’elle n’a pas où les mettre. Elle est hébergée dans un atelier de tailleur, mais le tailleur travaille la journée. C’est le soir qu’elle vient dans l’atelier pour y dormir. Ça, ce sont des cas qui sont extraordinaires. Nous n’allons pas baisser les bras parce que le combat est très long. Chaque jour, il  y’a les violences conjugales, économiques, verbales, les harcèlements sexuels, la discrimination à l’égard des femmes dans le travail, dans l’accession aux droits des propriétés entre autres. Ça, ce sont des batailles qu’il faut continuer. On est là-dessus et va continuer parce qu’elles ne sont pas encore gagnées.

Qu’elle lecture faites-vous du débat sur le retour agité de la peine de mort ?

La peine de mort dépend d’une politique, d’une option étatique. C’est l’Etat qui opte pour la peine de mort, la suppression ou le maintien de la peine de mort. Personnellement j’ai mon opinion là-dessus.  Au sein de l’Ajs, nous en discutons. Au moment d’en parler nous donnerons notre point de vue à travers les instances où il faudra le faire. Je me pose la question de savoir est ce qu’elle est opportune ce retour à la peine de mort ? Est-il un combat qui vaut la peine d’être mené quand on sait que même les textes qui existent, en ce moment ne sont pas appliqués comme il faut. Alors, à quoi bon aggraver ou amener encore une autre sanction ? Ces peines qui existent, si on les applique correctement, auraient été assez dissuasives. Mais, elles ne sont pas  appliquées. Mon combat se situe à ce niveau pour l’instant.  Les gens agitent la peine de mort chaque fois qu’il y’a un crime abject. Notre viatique c’est de poursuivre tout le temps l’application des peines. Là par exemple notre prochain combat sera qu’il ait dans le système judiciaire un juge de l’application des peines qui veille à ce que les peines soient appliquées et correctement appliquées, un juge qui veille à ce que des erreurs comme ce qui s’est passé récemment avec cette grâce présidentielle accordée à quelqu’un qui  n’en a pas droit, n’arrive pas (allusion à Amadou Woury Diallo, Ndlr). 

Quid de l’application de la loi contre l’excision ?

Il faut la sensibilisation. Il ne faut pas se décourager de sensibiliser parce que c’est dans nos us et coutumes.  Les populations autochtones pour leur faire accepter l’excision des petites filles, c’est un combat de longue haleine. Il ne faut pas se décourager parce qu’il y’a des effets. Ces mêmes populations rurales ont des familles dans les zones urbaines, mais en zone urbaine, on ne pratique plus l’excision. Il faut continuer la sensibilisation en zone rurale. La fistule obstétricale qui est consécutive à la pratique, ce sont des arguments qu’on peut continuer à développer en milieu rural pour éradiquer le phénomène.

En dépit des nombreuses initiatives prises, la mendicité des enfants est une réalité au Sénégal. Comment la percevez-vous ?

Le code de l’enfant doit être adopté. Mais surtout, il faut de la volonté politique et le courage politique. Dans cette histoire d’enfants de la rue, c’est le courage politique qui manque. Dès qu’on soulève la question, les gens vous crient dessus et l’Etat se replie. Or, il faut faire face. Il faut faire comprendre à tout le monde que ce n’est pas un combat contre la religion. C’est un combat pour le respect des droits humains. Les enfants n’ont pas leur place dans la rue. Malheureusement, quand les enfants meurent dans les rues ou sur le coup des marginaux qui abusent d’eux, aucune identification n’a lieu. L’Etat doit prendre ses responsabilités. Les services d’accueil doivent exister. Il faut aussi prendre les dispositions nécessaires aux frontières car, la majeure partie des enfants mendiants vient de la sous-région.

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