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L’institutionnalisation du folklore par Macky Sall:Un symptôme d’un défaut de leadership
Publié le : Dimanche 4 Février 2018 - 16:39 - Source : dakarmatin - Commentaires : 4 - Consulté : 1802 Imprimer

En réponse à un sujet de l'Académie de Dijon (c’était en 1753) intitulé : « Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes, et si elle est autorisée par la loi naturelle ? » Rousseau a rédigé ce qui deviendra en 1755 le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes. Cet ouvrage dont l’intérêt pédagogique est une belle illustration de ce que peut faire le génie humain, surtout lorsqu’il est stimulé, aurait pu inspirer le président de la république et son gouvernement. Ce modèle aurait pu être choisi pour non seulement inciter les enseignants à la recherche et à la saine émulation, mais aussi à la solution des nombreux problèmes pédagogiques qui se posent actuellement. La question est aujourd’hui de savoir quel impact positif un tel prix a sur la motivation et la qualité des enseignants ? Mais aussi, comment faire pour que ce prix sorte du registre du folklore pour trouver une place dans l’agenda et la vie de l’institution scolaire ? Comment, par ce prix, rentabiliser davantage la créativité des enseignants ?

Les problèmes pédagogiques auxquels le système est confronté ne peuvent nullement être pris en charge, du moins, de façon probante, par une quelconque bureaucratie. Il nous faut des enseignants craie en main pour des solutions révolutionnaires. Ce prix aurait pu être une occasion de mettre à profit la créativité et l’esprit d’initiative des enseignants. Ç’aurait été plus judicieux de faire de ce prix le couronnement d’une recherche ou d’une expérience pédagogique codifiée et validée par des autorités académiques. Il est impératif de se défaire de la culture de l’oralité comme norme d’évaluation : les témoignages oraux sont certes importants et crédibles, mais la prestation écrite est la meilleure preuve de la valeur intellectuelle d’un travail. Puisqu’il s’agit d’un prix du chef de l’État, il doit avoir une valeur universelle et son attribution une objectivité incontestable.

Les problèmes de société, les questions qui agitent le monde actuel, les enjeux de l’éducation à l’ère du numérique, etc., devraient faire l’objet de réflexions permanentes. Les défis pédagogiques et les autres problèmes liés à l’école ou qui concernent les rapports entre l’école et la société doivent aussi être pris en charge par les enseignants eux-mêmes. C’est aux enseignants de trouver des formules susceptibles de jeter les bases de la révolution pédagogique dont notre système éducatif a besoin. Mais pour ce faire, il faut que cela soit organisé suivant les standards internationaux au lieu de faire de l’informel et du sensationnel les bases notre rapport à l’école. Il y a énormément de productions de fascicules (aussi  bien dans le secondaire que dans l’élémentaire) qui devraient être soutenues par une politique de l’édition scolaire bien pensée et bien structurée à travers des thèmes et des objectifs pédagogiques précis.

Le grand prix du chef de l’État n’a de sens que s’il permet à l’école d’abord, et à l’enseignant ensuite, de se bonifier qualitativement. Il faut se méfier des prix à connotation pécuniaire : la satisfaction  morale d’être édité ou d’être soutenu dans la recherche a plus de valeurs pour l’enseignant que l’argent liquide. Il faut avoir une idée franchement ridicule de l’école pour instaurer un prix de cette nature. C’est à la limite manquer de respect aux enseignants et à l’école que de penser pouvoir créer l’émulation chez eux par un prix aussi mal conceptualisé.

Un homme d’État, c’est d’abord un leadership, c’est-à-dire, une exemplarité qui suscite l’admiration, le respect et l’enthousiasme. Le leadership c’est l’exemplarité dans la vision, dans les qualités intellectuelles et morales (excellence et vertu) et dans la générosité (c’est-à-dire la disponibilité totale pour l’humanité tout entière). Un chef d’État ne peut fonder son leadership sur la peoplisation de son action, or c’est justement le mode de gouvernance de Macky Sall. Comment peut-on organiser un sommet sur le financement de l’éducation sans les acteurs de ce secteur et sans aucune forme de débat scientifique sur la nécessité d’articuler les financements à l’urgence d’une réorientation de l’école ? Comment parler de l’éducation si le public qui est censé écouter les autorités en parler est plus prompt à danser sur les sonorités de Youssou Ndour qu’à entendre les propos des autorités ?

Mais Macky Sal a une faiblesse pour le spectacle, et son amitié avec Youssou Ndour pourrait s’expliquer par des mobiles qui dépassent le cadre strict de l’opportunisme politique. Toute sa politique est gravement infectée par le souci tragique d’être au-devant de la scène : pour des futilités de tout genre il mobilise toute la république et les médias. Comme le Président Sarkozy en France, Macky Sall veut envahir les télés et les autres médias parce que dans son entendement, la presse est un auxiliaire nécessaire pour la conquête et la conservation du pouvoir. Mais il aurait demandé conseil à Sarkozy et ce dernier lui aurait expliqué la signification du proverbe américain « celui qui règne par la presse périra par la presse ».


Alassane K. KITANE
Professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès
SG du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal

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COMMENTAIRES (4)
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Malick - 04/02/2018 - 18h 17  
Excellente analyse. Rien à ajouter.
Saliou - 04/02/2018 - 20h 33  
Analyse perspicace. L homme qui dirige le Sénégal traine beaucoup de complexes. Avoir besoin d appeler à la rescousse un homme comme YOUSSOU NDOUR témoigne d un manque de personnalité évident
Jiggy - 04/02/2018 - 20h 52  
Kitane merci encore une fois. Nous sommes dans une Republique mais la maniere de gouverner de ce bouffon denote une volonte manifeste d'effacer ce que la descendance a ecrit definitivement quand on nait dans la "petitesse" ou dans la petite noblesse. Je le repete encore que nous sommes dans une Republique mais ces comportements de ce triplet macky sall/youssou ndour/boune dione commence a nous irriter. Musique, danse, folklore a chaque evenement ou la solennite est requise. Tous les ceaux perdent de leur valeur. On essaie par ce forklore excessif de marquer une carence que le bon sens detecte. Alors se pose la question du leadership ? Ces trois types sont-ils des leaders ? No absolument pas mais des types qui sont entres par infraction dans la cour des leaders sans en avoir la moindre des pre-dispositions. Alors Kitane quel devrait etre le comportement du peuple face a ces usurpateurs ? Un mepris assurement pas mais une rectification des les premieres heures. Que le peuple avait decide j'avais donne a ce bouffon macky un delai de grace de deux ans et au bout du compte tout me donna raison. il n'a pas la moindre etoffe de leader. Juste il a ramasse le pouvoir quand les plus dignes se battaient et le vieux babouin wade ne lui pretait pas la moindre attention. Notre probleme est le meme un manque de leadership parmi la classe politique.
Ass - 05/02/2018 - 08h 47  
Merci prof c'est avec un rael palaisire de vous lire vous etes tjours egal a vous-meme pertinent et plaisant dans la dialectique.a tres bientot,j'espere.
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