Suivez nous sur facebook Suivez nous sur twitter
POLITIQUE
 
 
Chapeau M. le Président!
Publié le : Jeudi 20 Avril 2017 - 10:27 - Source : Dakarmatin - Commentaires : 10 - Consulté : 855 Imprimer
La décision du président Sall de stopper cette spirale sonne comme un coup d’arrêt à toutes les appétences boulimiques qui s’emparent de ses proches, trop enclins à accumuler démesurément, biens, pouvoirs et postes.

Dans notre continent où la tentation népotique est légion, il n’est pas banal qu’un Président de la République, alors que rien ne l’y contraint, décide d’écarter son frère et son oncle, maires régulièrement élus de deux grandes agglomérations de postuler à la députation. Le président Macky Sall s’est plié à cette délicate obligation morale, en acceptant, certainement, pour l’avoir suscité, le retrait des candidatures potentielles aux élections législatives d’Aliou Sall et Abdoulaye Timbo. Cet acte courageux prend une valeur symbolique forte et donne plus de couleurs à l’image d’un Président souvent taxé de pratiques claniques.

Dès en 2012, le Président Wade avait malencontreusement agité cette accusation. Mais, il n’avait réussi ni à empêcher l’élection confortable du Président Sall, encore moins à opposer les Sénégalais autour de ce thème sordide. Pis, un des conseillers du Président Sall, écarté pour des écarts de langage, s’est amusé à dresser sur une base patronymique la liste des PCA, ministres DG, ambassadeurs nommés depuis 2012. Tirant les conclusions de cette comptabilité morbide, il présidait l’imminence d’un état dominé disait-il, par 70 familles toutes issues de la même ethnie. Aujourd’hui ce conseiller reconverti à la Primature après maintes génuflexions a dû ravaler son tableau.

Récemment au cours d’un entretien radiophonique, Ousmane Sonko avait fait une pareille évocation, avec plus de retenue. Mais, l’allusion était suffisamment claire pour passer inaperçue. D’autres voix moins autorisées n’ont pas résisté à cette évocation. Mais à la faveur de l’opportune parenté à plaisanterie, notre ciment national a résisté à toutes les tentatives de dessouder la cohésion nationale.

Il est vrai qu’à chaque changement de régime, le jeu d’alliances et de mésalliances remorque les vieux réflexes du repli identitaires et de l’instinct grégaire. Dans l’histoire du Sénégal, ces approches réactionnaires, n’ont jamais pris une ampleur démesurée. Certes, la famille, les proches ont été toujours considérés, comme le premier cercle d’exercice d’une autorité et disons-le, le socle de la société. La parentalité se présente alors, quelle que soit la lignée, comme une valeur cardinale et un instrument essentiel, pour préserver les bijoux de famille, en valeurs et en biens.

Mais la notion de famille élargie, de parenté par alliance, de cohabitation et de bon voisinage, valorisée par les religions, a dressé un solide rempart contre la tentation à l’exclusion et à la stigmatisation. Il n’empêche depuis l’indépendance, les parents ont été omniprésents dans l’entourage présidentiel, certes à des degrés divers

On oublie souvent que le Président Senghor qu’on disait si républicain avait de manière subreptice promu un bataillon important de frères, demi-frères, cousins, neveux et alliés dans l’administration, les chancelleries et les organisations internationales. Magued Diouf chargé de la modernisation de l’état siégeait aux conseils des ministres à côté de son frère cef de l’Etat. Et nombre de ses cousins s’étaient reconvertis dans les affaires et profitaient des aubades des marchés publics. Les amis et proches du clan Diouf étaient casés dans des stations avec des revenus confortables, alors même qu’une catégorie de Sénégalais naturalisés, proche de son épouse, restait quasiment intouchable dans le monde des affaires.

Arrivé au pouvoir en 2000, Abdoulaye Wade a voulu tout simplement instaurer une dévolution monarchique du pouvoir au profit de son fils, Karim, avec le résultat qu’on sait. Non sans avoir mis le pied à l’étrier à des neveux dans les institutions et les affaires. Aujourd’hui, les indexations de tentation dynastique n’épargnent pas le président Sall. Avec un oncle édile municipal à Pikine, un frère maire, actionnaire et président de nombreuses structures politiques et associatives, englué dans l’épineux dossier du pétrole avec Pétrotim, un beau-frère ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, une kyrielle de parents et alliés à la tête de directions stratégiques, il n’en fallait pas plus pour crier à la «dynastie Faye Sall.»

Même si cette sensation n’a jamais été perçue comme une frustration endémique, il n’en reste pas moins vrai qu’il y a du ressenti partagé dans les catégories populaires. La pudeur légendaire des celles-ci les prévenant contre toute manifestation d’hystérie et même toute évocation publique de ce qui a pu être considéré comme une entorse aux ruptures promises par le président Sall en 2012. L’exemple ou plutôt le contre-exemple de Wade était suffisamment parlant pour servir de leçon aux futurs acteurs de la seconde alternance. La République avait failli basculer dans le désordre à cause de cette fâcheuse inclinaison à gérer le pouvoir en régie familiale.

Et pourtant, dans l’entourage du Président Sall, on réfute cette accusation, en arguant que tout dans son parcours social, scolaire, universitaire et politique va à l’encontre de cette propension sectaire. Soit. D’où vient alors cette sensation qu’une tentation grégaire de gestion du pouvoir est rampante au Sénégal depuis 2012 ? Facile d’accuser les médias d’avoir amplifié des rumeurs quand la fulgurance promotionnelle de certains parents et proches fait débat. La décision du président Sall de stopper cette spirale sonne comme un coup d’arrêt à toutes les appétences boulimiques qui s’emparent de ses proches, trop enclins à accumuler démesurément, biens, pouvoirs et postes.

Une attitude patrimoniale contre laquelle, tout s’insurge. Le message présidentiel est rassurant et rétablit le besoin de moralisation de la politique. L’immixtion tentaculaire de la famille dans les décisions administratives politiques, comporte des dangers d’enrichissement illicite et toutes ses conséquences judiciaires postérieures. Elle alimente les argumentaires des opposants, qui l’agite comme un épouvantail, en souvenir du douloureux épisode wadien de 2011.

Cette capillarité accumulatrice de biens et de pouvoir détourne les attentions des citoyens sur les enjeux économiques et sociaux et les focalise sur ces pires aspérités sociétales. Il ne fait aucun doute que les résultats économiques du Plan Sénégal Emergent sont en train d’opérer des transformations sociales importantes dans notre pays, et ce, dans de nombreux domaines. La cristallisation sur ces facteurs subjectifs gêne la visibilité gouvernementale sur l’impact progressif de ses résultats. Il s’y ajoute, que l’image, les représentations qu’elle induit et la perception qu’elle porte de manière presqu’indélébile, est plus forte que la réalité.

Certes, rien n’interdit aux parents proches du Président de briguer des mandats électifs et de bénéficier de sa confiance pour la gestion de responsabilités administratives ou politiques. S’ils étaient dans l’opposition, la question ne se poserait pas. Mais comment les Sénégalais verraient, un Etat, dirigé par un chef bien élu, une Assemblée nationale comportant des députés, proches parents, membres du bureau, un ministre maire, et autres alliés dans d’autres postures de pouvoir ou d’enrichissement ? Cette image est forcément dévalorisante, et désastreusement négative. Même si, au demeurant, ni la compétence, ni l’engagement de ces Sénégalais à part entière ne sont en cause.

Il ne s’agit nullement d’un délit de faciès ou de parentalité. Mais de moralité, cette règle non écrite qui vaut son pesant d’or dans le tissu relationnel national et la perception globale des citoyens.
Il reste ce que la loi permet parfois, l’honneur et la dignité peuvent l’interdire. Il en est ainsi du reste pour la religion. Le recadrage présidentiel s’inspire de cet élan moral, qui donne à un homme la possibilité de comprendre ce proverbe wolof : «Ku sexluwul, barilé», ou en d’autres termes, celui que rien ne répugne, ni insupporte, forcément accumule tout. Mais à quel prix !

Oui, Monsieur le Président, vous avez bien raison de freiner cette frénétique propension à la subjectivation du débat politique. Il n’y a que les zélateurs d’un autre âge pour s’en offusquer, invoquant la loi et sa norme impersonnelle et universelle, pour justifier l’encombrement familial, dont ils se plaignent en privé. Le délit de consanguinité n’existe pas certes. Il serait même abject car le partage d’un même ADN ne saurait brider la carrière de personnes de même sang. Mais l’image d’une République genre «Gondouana» est plus corrosive qu’une bénigne entorse à un principe.

Chapeau M. le Président !
Vous avez compris le message populaire.

Momar Seyni Ndiaye 
Whatsapp Mysapce Tumblr StumbleUpon Reddit Flipboard  
 
 
COMMENTAIRES (10)
Ajouter un commentaire
Les commentaires à caractère publicitaire ne sont pas autorisés !
Tom - 20/04/2017 - 11h 16  
ON te connais toi!!! tu fais partie des dames de compagnies
Citoyen - 20/04/2017 - 11h 42  
Il cherche une place gni geumou niou daraDiaye Sen ngor rek
Mackyment - 20/04/2017 - 13h 14  
Seyni tu deçois sur toute la ligne. Quel est cet appel du pied ? Macky Sall sait très bien ce que les Sénégalais lui réservent si jamais il s' aventurier à laisser ses deux idiots que sont Aliou Sall et Timbo sur les listes de l' après. La Wade family story est toute récente en dehors du fait que le pays est aux bords de l'abîme.
Baps - 20/04/2017 - 13h 31  
excellent!!!!! analyse excellente et objective !!!! pas de prise de position , juste soulever le debat ou plutot sonner l'allarme sur des derives sociales ,politiques et economiques, mais toujours avec le respect qui sied quand on s'adresse au president , a travers lui toute une nation.... c'est tout juste bien penseemerci monsieur Ndiaye
Baps - 20/04/2017 - 13h 35  
ps. excuser les fautes s'il y'en a (je suis un analphabète du 21em siecle)
Pape Diop - 20/04/2017 - 16h 38  
Belle déclaration à apprécier aux corrections apportées.
Semou - 20/04/2017 - 21h 09  
Avec tout le respect que je vous dois, vous passez a cote. Tous les senegalais savent que Macky sall utilies les poulars , voire son ethnie au detriment de la nation. Cést grave, car il set le premier preisdent senegalais a faire cela. Mais, on verra si il a ete elu par le Fouta ou tout le senegal. Triste ....
LATSABETCHA - 20/04/2017 - 21h 44  
Ni sagesse ni courage de la part du Pdt de L'APR. Pour une fois, il n'a pas eu la posture de l'Autriche qui "enfonce sa tête dans le sable pour ne voir ni entendre les signaux du danger". Au contraire, c'est un magistral volteface qui est attendu de sa part. Bien qu'Il soit bien conscient de l'évaporation de la pudeur qui retenait les Sénégalais pour vomir leur trop plein de frustration decoulant des dérivés du clanisme, du népotisme et...d'un ethnisisme constituant le substrat de la désintégration d'une nation. Qu'Allah nous en garde ! mackysal a su écouter ce qui se suresure dans les moindres replis du peuple.
Cool - 20/04/2017 - 21h 57  
wakho fi gate doungourou nga do touss
Babs - 21/04/2017 - 08h 06  
un roi très dangereux;il utilise la langue poular et l'ethnie hal poulard pour se faire élire c'est pour une nation voir une république
Saisissez votre commentaire
Votre nom
 
Votre commentaire
 
   
 
DANS CETTE RUBRIQUE
Macky Sall : «les attaques contre Niasse et Tanor sont ignobles et lâches».
Abdoulaye Wilane-Détention de Khalifa Sall : «Ceux qui nous accusent sont malhonnêtes»
« Oublié » des Législatives, exilé et invisible: Karim Wade est mal parti
Législatives – Investitures sur les listes de Bby: le PS fourbit ses armes
Ousmane Tanor Dieng : “nous avons compris qu’un Parti seul ne peut ni gagner les élections ni gérer seul un pays complexe comme le Sénégal”
Législatives 2017 : Abdoul Mbaye lance la coalition «Joyyanti» vidéo
APR-Suspension des Investitures: Et après ?
Législatives 2017: Momar Diongue analyse les forces et faiblesses des deux "grandes" coalitions (Manko et Benno)
APR-Plainte de Yakham Mbaye contre un membre de la COJER: les seconds couteaux victimes du combat de la capitale
Report Législatives du 30 juillet: Manko dit niet
 
LES PLUS POPULAIRES
Voici la chronique du 31 Août 2016 de Pape Alé Niang
Consulté : 59159 fois
« Lequartd’heure » reçoit le journaliste Baba Aidara qui fait de graves révélations sur la mafia du pétrole au Sénégal
Consulté : 51085 fois
Voici la chronique du 14 septembre 2016
Consulté : 42702 fois
Voici la chronique du 08 mars 2017
Consulté : 38851 fois
Voici la chronique du 21 septembre 2016
Consulté : 35902 fois
 
   
REVUE FRANÇAIS
Ecoutez la revue de presse en français de Pape Alé Niang du 19 mai 2017
REVUE WOLOF
Ecoutez la revue de presse en Wolof de Pape Alé Niang du 19 mai 2017
CHRONIQUE PAPE
Voici la chronique du 17 mai 2017
AUTRES AUDIOS ...
Émission grand jury avec Hélène Tine (MANKO TAXAWU SENEGAAL)
 
SCANDALES D'ETAT
   
Le rapport de l'IGE qui confirme les révélations de Baba Aidara suite à l'af ...
24/05/2017 - 08:40
Enquête-L’incroyable bamboula au FAISE
19/05/2017 - 11:14
   
... Voir plus
 
YAKO WAKHONE!
   
Video: Quand Souleymane Ndéné Ndiaye jurait de ne jamais rejoindre Macky Sall
26/04/2017 - 13:13
Quand Macky Sall saluait l'engagement citoyen de Y'en a marre
06/04/2017 - 09:57
   
... Voir plus
CARTE BLANCHE
Macky est-il en avance sur l’opposition ?
L'OEIL DU CITOYEN
Ascenseur, corde, échelle ou escalier social ?!
WAX DEUG
Sénégal: l'urgence d'un contre pouvoir à Macky Sall
AUTRES ...
Voici la chronique du 17 mai 2017
 
 
CONTRIBUTIONS
   
La purification spirituelle du Sénégal
23/05/2017 - 08:14
Il est urgent de dépolitiser la question du gaz et du pétrole au Sénégal
16/05/2017 - 11:37
   
... Voir plus
 
 
 
REPORTAGES
ÇA ME DIT MAG avec Pape Alé Niang à Keur Moussa du 20 mai 2017
EMISSIONS PAPE
Décryptage : y a-t-il des risques dans la cohabitation? - avec Pape Alé Niang ...
AUTOUR DU MICRO
Audio-Elimane Pouye, SG du SAID: « La médiation n’a pour but que la réinté ...
AUTRES VIDEOS
Faram Facce - Invité : Me Moussa Diop
 
 
Xibaar
Walf
Seneweb
Press Afrik
Leral.net
Rewmi.com
 
 
 
 
ACCUEIL ACTUALITES POLITIQUE SPORT INTERNATIONAL RELIGION TECHNOLOGIES VIDEOS AUDIOS PEOPLE RADIOS & TVS
 
Contactez nous au 77 527 05 27 ou 33 825 25 17 ou par mail à dakarmatin@gmail.com
 
Proposer une contribution | Contacts | Qui somme nous? | Reserver un espace publicitaire | © Copyright Dakarmatin 2017